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| Déclaration pour une éthique planétaire |
![]() |
| Pour
la première fois dans l'histoire religieuse paraît un
Déclaration d'éthique planétaire qui propose non
pas un consensus interreligieux réduit au minimum, mais une
reconnaissance des normes indispensables et des valeurs universelles. Sans cette reconnaissance, un « ordre mondial durable » serait rendu impossible. La « Déclaration pour une éthique planétaire » a été adoptée par des représentants des religions du monde entier au cours d'une assemblée du « Parlement des religions du monde » (Chicago, sept. 1993). Voir : Manifeste pour une éthique planétaire (Parlement des religions du monde) Présenté et commenté par Hans Küng et Karl Josef Kuschel, Paris 1995, ISBN 2-204-05177-2 |
| Déclaration pdf |
| Introduction |
| Cette
introduction a été composée à Chicago
par le « Conseil » du Parlement des religions
du monde,
à partir de la déclaration rédigée à
Tübingen et présentée sous le titre « Les
principes d’une éthique planétaire » (voir
p. 4). Elle constitue un résumé de la déclaration
en vue d’une large diffusion par les médias. Le monde est à l’agonie, agonie à ce point généralisée et dramatique que nous nous sentons pressés d’en indiquer les diverses manifestations afin de mettre en lumière la gravité de notre préoccupation. La paix nous échappe ; la destruction de la planète se poursuit ; des gens vivent dans la peur de leurs voisins ; des hommes et des femmes se sont opposés les uns aux autres ; des enfants meurent! Cette situation est abominable! Nous condamnons l’abus de l’écosystème de notre planète. Nous condamnons la pauvreté qui étouffe les chances de vie ; la famine qui affaiblit les forces physiques ; les inégalités économiques qui menacent tant de familles. Nous condamnons le désordre social qui règne dans nos pays ; le mépris de la justice qui refoule des citoyens dans la marginalité ; l’anarchie qui s’installe dans nos collectivités ; et la violence qui frappe des enfants d’une mort absurde. Nous condamnons en particulier l’agressivité et la haine semées au nom de la religion. Or, cette agonie n’est pas une fatalité. Elle n’est pas une fatalité parce que la base d’une éthique existe déjà. Cette éthique offre la possibilité d’un meilleur ordre individuel et mondial : elle arrache les individus au désespoir et protège nos sociétés du chaos. Nous sommes des hommes et des femmes qui embrassent les commandements et la pratique des religions du monde. Nous affirmons que ces religions partagent dans leurs enseignements un noyau commun de valeurs essentielles qui constituent le fondement d’une éthique planétaire. Nous affirmons que cette vérité est déjà reconnue, mais il reste encore à la vivre dans nos cœurs et dans nos actes. Nous affirmons qu’une règle irrévocable et inconditionnelle existe dans tous les domaines de la vie, pour les familles et les collectivités, les diverses ethnies, nations et religions. Depuis les temps anciens les religions du monde enseignent des lignes directrices pour le comportement des hu-mains, lesquelles sont la condition d’un ordre mondial durable. Nous le déclarons : Nous vivons toutes et tous en étroite interdépendance. Chacun et chacune d’entre nous dépend du bien-être de l’ensemble. C’est pourquoi nous avons du respect pour tous les êtres vivants, les hu-mains, les animaux et les plantes ; nous nous préoccupons de la sauvegarde de la planète, de l’air, de l’eau et du sol. Chacun et chacune de nous est personnellement responsable de tous ses actes. Toutes nos décisions, nos actions et nos omissions sont lourdes de conséquences. Nous devons traiter les autres comme nous souhaitons être traités par eux. Nous nous engageons à respecter, sans aucune exception, la vie, la dignité, l’individualité et la diversité d’autrui, de sorte que chaque personne sera ainsi traitée humainement. Il nous faut manifester une attitude patiente et accueillante. Nous devons être capables de pardonner : pour cela nous devons apprendre les leçons du passé, sans pour autant rester prisonniers des mémoires de haine. Dans la mesure où nous ouvrons nos cœurs les uns aux autres, il nous faut abandonner nos querelles mesquines en faveur de la communauté mondiale et mettre ainsi en pratique une culture de solidarité et de relations mutuelles. Nous considérons l’humanité toute entière comme notre famille. Nous devons faire des efforts pour nous montrer amicaux et généreux. Nous ne devons pas nous replier sur nous-mêmes ; il nous faut au contraire nous mettre au service des autres et ne jamais oublier les enfants, les personnes âgées, les pauvres, les malades, les handicapés, les réfugiés et les personnes solitaires. Personne ne doit jamais être considéré ou traité comme un citoyen de seconde zone, ni exploité de quelque manière que ce soit. Un partenariat équitable doit caractériser la relation entre l’homme et la femme. Tout comportement sexuel immoral doit être banni. Il nous faut renoncer à toute forme de domination et d’abus. Nous nous engageons à bâtir une culture de non-violence, de respect, de justice et de paix. Nous refusons d’opprimer, de blesser, de torturer ou de tuer aucun être humain et nous renonçons à utiliser la violence comme moyen de résolution de conflits. Nous devons faire des efforts afin d’instaurer un ordre social et économique juste, au sein duquel chacun jouisse des mêmes chances de développer tout son potentiel humain. Il nous faut parler et agir vrai et avec sympathie, dans une relation ouverte et franche avec tous, rejetant les préjugés et évitant toute manifestation de haine. Nous ne commettrons pas de vol. Au contraire, il nous faut surmonter la quête de pouvoir ou de prestige, la soif d’argent et le consumérisme afin de bâtir un monde de justice et de paix. Il est illusoire de vouloir rendre cette planète meilleure, sans changer d’abord la conscience des individus. Nous nous engageons dès lors à élargir notre capacité de perception, en acceptant pour notre esprit une discipline de méditation, de prière ou de pensée positive. Si nous n’acceptons pas des risques et des sacrifices, notre condition actuelle ne changera pas en profondeur. C’est pourquoi nous nous engageons à vivre selon cette éthique planétaire, dans la compréhension mutuelle, selon des modes de vie propres à promouvoir le bienêtre de la société, la paix et le respect de la nature. Nous invitons tous les êtres humains, croyants ou non, à prendre le même engagement. |
| Principes
d’une éthique planétaire |
| Notre
monde traverse une crise fondamentale : une crise
de l’économie, de l’écologie et de la politique
mondiales. Partout on déplore l’absence d’une grande
vision, l’accumulation de problèmes irrésolus et
la paralysie de la politique gérée par des politiciens
médiocres qui sont le plus souvent insuffisamment préoccupés
du bien commun et manquent d’intelligence et de prospective.
Pour relever les défis nouveaux, on ne propose que trop de réponses
surannées. Sur notre planète, des centaines de millions d’êtres humains souffrent chaque jour davantage du chômage, de la pauvreté et de la destruction de la famille. L’espoir d’une paix durable entre les peuples s’estompe une fois de plus. Il existe des tensions entre les sexes et les générations. Des enfants meurent, tuent ou sont tués. De plus en plus nombreux se comptent les Etats secoués par des affaires de corruption politique ou économique. La cohabitation pacifique devient chaque jour plus difficile dans nos villes, à cause des conflits sociaux, raciaux et ethniques, de la drogue, du crime organisé et même de l’anarchie. Même des voisins vivent souvent dans la peur l’un de l’autre. Notre planète est constamment livrée au pillage sauvage. Elle est menacée de l’effondrement de son écosystème. Nous voyons toujours à nouveau des chefs religieux et leurs adeptes attiser l’agression, le fanatisme, la haine et la xénophobie ; ils vont jusqu’à inspirer et justifier des conflits violents et sanglants. On abuse souvent de la religion comme simple instrument de pouvoir politique et on l’exploite à des fins guerrières. Tout cela nous dégoûte. Nous dénonçons toutes ces abominations et nous proclamons que cela ne doit pas être. Les enseignements des religions du monde véhiculent d’ores et déjà une éthique qui pourrait contrer la détresse qui règne dans le monde. Bien sûr, cette éthique ne propose pas de solution immédiate à tous les problèmes gigantesques de la planète ; mais elle nous offre l’assise morale d’un meilleur ordre individuel et collectif : une vision propre à arracher les hommes et les femmes au désespoir ; une éthique capable aussi de protéger nos sociétés du chaos qui les menace. Nous sommes des hommes et des femmes qui embrassent les commandements et la pratique des religions du monde. Nous affirmons qu’un consensus existe déjà parmi les religions, susceptible de fonder une éthique planétaire : un consensus minimal concernant des valeurs contraignantes, des normes irrévocables et des attitudes morales essentielles. |
| I.
Pas de nouvel ordre mondial sans une éthique planétaire |
| Hommes
et femmes de religions et de régions diverses de cette planète,
nous nous adressons donc à tous les humains, religieux ou non.
Nous voulons exprimer notre conviction commune : • Tous, nous portons la responsabilité d’un meilleur ordre mondial. • Il est absolument nécessaire que nous nous engagions au service des droits hu-mains, de la liberté, de la justice, de la paix et de la sauvegarde de la planète. • La diversité de nos traditions religieuses et culturelles ne saurait nous empêcher de nous dresser ensemble activement contre toute forme d’inhumanité et de promouvoir plus d’humanité. • Les principes énoncés dans cette déclaration peuvent être affirmés par tous les êtres humains qui sont animés d’une éthique, qu’elle soit basée sur une religion ou non. • En raison même de notre orientation religieuse et spirituelle, nous fondons notre existence sur une réalité ultime dans laquelle, dans la confiance, la prière ou la méditation, à haute voix ou dans le silence, nous puisons force et espoir. Nous avons dès lors une responsabilité particulière pour le bienêtre de l’humanité tout entière et pour la planète Terre. Nous ne nous considérons pas meilleurs que les autres, mais nous avons confiance que l’antique sagesse de nos religions saura baliser aussi les chemins de l’avenir. Après deux guerres mondiales et la guerre froide, après l’écroulement du fascisme et du nazisme, l’ébranlement du communisme et du colonialisme, l’humanité est entrée dans une nouvelle ère de son histoire. Nous posséderions aujourd’hui assez de ressources économiques, culturelles et spirituelles pour promouvoir un meilleur ordre mondial. Pourtant d’anciennes et récentes tensions ethniques, nationales, sociales, économiques et religieuses compromettent la construction pacifique d’un mon-de meilleur. Notre temps connaît des progrès scientifiques et techniques inouïs. Mais les faits sont là : à l’échelon de la planète, la pauvreté, la faim, la mortalité enfantine, le chômage, la misère et la destruction de la nature ne diminuent pas, mais s’aggravent. La ruine économique menace beaucoup de peuples, et parallèlement se défait le tissu social, se profilent la marginalisation politique, la catastrophe écologique et l’écroulement de la nation. La situation du monde étant si dramatique, l’humanité a besoin d’une vision de cohabitation pacifique des peuples et de l’exercice de la responsabilité commune des groupes ethniques et éthiques et des religions pour la planète Terre. Une vision repose sur des espoirs, des objectifs, des idéaux, des critères, lesquels, un peu partout dans le monde, ont malheureusement tendance à nous échapper de plus en plus. Pourtant, nous sommes convaincus que c’est précisément la responsabilité des religions, en dépit de leurs abus et de leurs défaillances si fréquentes au cours de l’histoire, de démontrer que ces espoirs, ces idéaux et ces critères peuvent être sauvegardés, fondés et réalisés. Cela vaut plus spécialement pour les Etats modernes : des conditions sont nécessaires afin de garantir la liberté de conscience et de religion, mais ces libertés seules ne sauraient remplacer les valeurs contraignantes, les convictions et les normes qui valent pour tout un chacun, quels que soient l’origine sociale, le sexe, la couleur de la peau, la langue ou la religion. Nous sommes convaincus que l’humanité sur notre planète forme une seule famille. Pour cette raison nous rappelons la Déclaration universelle des droits humains, proclamée par les Nations Unies en 1948. Ce que ce texte a solennellement proclamé au plan du droit, nous voulons ici le confirmer et l’approfondir au niveau de l’éthique : la pleine réalisation de la dignité intrinsèque de la personne humaine, sa liberté inaliénable, le principe de l’égalité de tous les êtres hu-mains, la solidarité indispensable et l’interdépendance de tous. A travers nos expériences personnelles et l’histoire douloureuse de notre planète nous avons appris : • un meilleur ordre mondial ne peut se construire ni être imposé par des lois, des ordonnances ou des conventions seules ; • la réalisation de la paix, de la justice et de la sauvegarde de la planète dépend de personnes disposées à faire valoir le droit ; • l’engagement en faveur des droits et libertés suppose la conscience des responsabilités et devoirs ; il faut, par conséquent, toucher la tête et le cœur des personnes ; • sans moralité, les droits risquent de ne pas durer. Il n’y aura donc pas de nouvel ordre mondial sans une éthique planétaire. Par éthique planétaire nous n’entendons ni une nouvelle idéologie ni une religion mondiale unitaire au-delà de toutes les religions existantes ; moins encore la domination d’une religion sur les autres. Ethique planétaire signifie pour nous le consensus fondamental par rapport aux valeurs contraignantes, aux critères irrévocables et aux attitudes essentielles de la personne. Sans un tel consensus éthique radical, chaque communauté court tôt ou tard le risque du chaos ou de la dictature, et les individus sombrent dans le désespoir. |
| II.
Une exigence fondamentale : que toute personne humaine soit traitée humainement |
Nous
sommes tous et toutes faillibles, im-parfaits, marqués par
nos limites et nos carences. Nous connaissons la réalité du
mal. C’est précisément pourquoi, soucieux du
bien-être planétaire, nous nous sentons obligés
d’expliciter les éléments fondamentaux d’une éthique
planétaire, tant pour les individus que pour les collectivités
et les organisations, pour les Etats comme pour les religions elles-mêmes.
En effet, nous sommes convaincus que nos traditions religieuses et éthiques,
dont certaines remontent à plusieurs millénaires, véhiculent
une éthique accessible et viable pour
toutes les personnes de bonne volonté, croyantes
ou non. |
| III.
Quatre directives irrévocables |
| I.
L’engagement en faveur d’une culture de la non-violence
et du respect de la vie |
| Dans
toutes les régions et dans toutes les religions, d’innombrables
personnes font des efforts pour mener une vie qui, loin d’être
guidée par l’égoïsme, s’investit au
contraire au bénéfice du prochain et de l’environnement.
Et pourtant le monde d’aujourd’hui est encore plein de
haine, d’envie, de jalousie et de violence : non seulement
entre les individus, mais encore entre les groupes sociaux et ethniques,
les classes, les cultures, les nations et les religions. La violence,
le commerce de la drogue, le crime organisé, qui se servent
souvent des moyens techniques les plus modernes, connaissent une extension
planétaire. En de nombreuses régions, c’est encore
la terreur « d’en haut » qui règne ;
des dictateurs agressent leur propre peuple et la violence institutionnalisée
est largement répandue. Dans certains pays, bien que la loi
y prétende protéger les libertés individuelles,
des prisonniers sont torturés, des hommes et des femmes mutilés,
des otages tués. A. Dans les grandes et anciennes traditions religieuses et éthiques de l’humanité, nous trouvons cette injonction : tu ne tueras pas! Ou, dans sa version positive : respecte la vie! Reprenons donc aujourd’hui les conséquences de cette antique directive : tout être humain a droit à la vie, à l’intégrité corporelle et au libre épanouissement de sa personne, tant qu’il ne lèse pas les droits d’autrui. Personne n’a le droit de torturer physiquement ou psychiquement, de blesser, a fortiori de tuer un autre être humain. Aucun peuple, aucun Etat, aucune race, aucune religion n’a le droit de discriminer, de « nettoyer », d’exiler ou de liquider une minorité qui pense ou croit autrement. B. Sans doute, des conflits vont toujours surgir là où des humains coexistent. Mais de tels conflits devraient être résolus de manière non violente, dans un cadre légal imprégné de justice. Cela vaut pour les individus comme pour les Etats. Les dirigeants politiques doivent observer les prescriptions du droit et rechercher autant que possible des solutions non violentes et pacifiques. Ils devraient s’engager dans ce sens aussi dans le cadre d’un ordre international de paix qui a lui-même besoin d’être protégé et défendu contre des acteurs de violence. L’armement est la mauvaise voie ; le désarmement est le commandement de l’heure qu’il est. Il faut être lucide : il n’y aura pas de survie pour l’humanité sans paix mondiale! C. C’est pourquoi les jeunes doivent apprendre en famille et à l’école que la violence ne peut être un moyen de résoudre des conflits avec autrui. C’est ainsi seulement qu’on pourra créer une culture de la non-violence. D. La personne humaine est infiniment précieuse : elle doit être absolument protégée. Mais les animaux et les plantes, qui partagent avec nous cette planète, méritent eux aussi protection, égards et sollicitude. L’exploitation effrénée des fondements naturels de la vie, la destruction sauvage de la biosphère et la militarisation du cosmos sont des méfaits. Comme êtres humains, attentifs surtout aux générations à venir, nous portons une responsabilité particulière pour la planète Terre et le cosmos tout entier, air, eau et sol. Nous sommes tous ensemble tissés dans la trame de ce cosmos, en étroite dépendance réciproque. Chacun de nous dépend du bien-être de l’ensemble. Il s’ensuit que ce n’est pas la domination de l’être humain sur la nature et le cosmos qu’il faut promouvoir, mais plutôt sa communion avec la nature et le cosmos. E. Selon l’esprit de nos grandes traditions religieuses et éthiques, être vraiment humain revient à se montrer plein d’égard pour les autres et prêt à les servir, tant dans la vie privée que dans la vie publique. Nous ne devrions jamais être irresponsables ou brutaux. Chaque peuple, chaque culture, chaque religion doit manifester de la tolérance, du respect, et même de l’estime pour les autres peuples, cultures ou religions. Culturelles, ethniques ou religieuses, les minorités ont droit à la protection et au soutien. |
| 2.
L’engagement en faveur d’une culture de la solidarité et d’un ordre économique juste |
| Dans
toutes les régions et toutes les religions, d’innombrables
personnes s’efforcent de mener une vie dans la solidarité
mutuelle et de travailler dans la fidélité à ce
que leur profession leur demande. Pourtant le monde d’aujourd’hui
est encore plein de famine, de pauvreté et de misère. Les
individus ne sont pas seuls responsables de cette situation. Très
souvent la faute vient des structures injustes de nos sociétés :
des millions d’êtres humains sont sans travail ; des
millions de travailleurs sont exploités par un travail mal payé,
poussés dans la marginalité, privés de toute perspective
d’avenir. Dans beaucoup de pays, des disparités immenses
existent entre les pauvres et les riches, entre ceux qui détiennent
le pouvoir et ceux qui en sont exclus. Dans notre mon-de, le capitalisme
débridé et le socialisme totalitaire ont miné, voire
détruit beaucoup de valeurs éthiques et spirituelles :
une mentalité matérialiste est à l’origine
de la soif illimitée du profit et la cupidité se répand
sans frein. On exige de plus en plus des ressources de la collectivité
sans pour autant obliger les individus à contribuer davantage.
Aussi bien dans les pays en développement que dans les pays industrialisés,
le cancer de la corruption a envahi la société. A. Dans les grandes et anciennes traditions religieuses et éthiques de l’humanité, nous trouvons cette injonction : tu ne voleras pas! Ou, dans sa version positive : agis avec droiture et honnêteté. Reprenons donc aujourd’hui les conséquences de cette antique directive : personne n’a le droit de voler ou d’attenter, de quelque manière que ce soit, à la propriété d’une personne ou de la collectivité. Inversément, personne n’a le droit de gérer ses biens sans égard pour les besoins de la société et de la planète. B. Dans des conditions d’extrême pauvreté, des sentiments d’impuissance et de désespoir se répandent : pour survivre, on en vient alors fréquemment à voler. L’accumulation sauvage de puissance et de richesse déclenche fatalement chez les défavorisés et les marginaux des réactions d’envie ou de ressentiment, voire de haine meurtrière et de révolte. On entre alors dans une spirale de violence. Il faut être lucide : il ne peut y avoir de paix mondiale sans justice mondiale. C. C’est pourquoi les jeunes doivent apprendre en famille et à l’école que la propriété, si modeste soit-elle, implique des devoirs. Dans son usage, il faut aussi penser au bien commun. C’est ainsi seulement que l’on bâtira un ordre économique juste. D. S’il s’agit d’améliorer le sort des milliards de pauvres sur la planète, et notamment des femmes et des enfants, il faut restructurer l’économie mondiale dans le sens de plus de justice. Pour indispensable qu’ils soient, les projets d’aide ponctuelle et la bienfaisance des individus isolés ne peuvent suffire. Il faut la participation de tous les Etats et l’autorité des organisations internationales pour bâtir des institutions économiques justes. Les problèmes de la dette et de la pauvreté du « Deuxième Monde » en voie de dissolution – et plus encore du « Tiers Monde » – doivent trouver une solution acceptable pour toutes les parties. Les conflits d’intérêt seront sans doute inévitables. Dans les pays développés, il faut distinguer entre consommation nécessaire et consommation effrénée, entre usage social et non social de la propriété, entre utilisation justifiée et non justifiée des ressources naturelles, et entre une économie de marché tournée exclusivement vers le profit et sa version sociale et écologique. Les pays en voie de développement sont eux aussi appelés à faire cet exercice de conscientisation. Là où les gouvernants répriment les gouvernés, où les institutions menacent les personnes, où le pouvoir opprime le droit, nous avons l’obligation de résister, si possible dans la non-violence. E. Selon l’esprit de nos grandes traditions religieuses et éthiques, être vraiment humain se traduit donc comme suit : • Nous devons mettre le pouvoir économique et politique au service de l’humanité au lieu d’en abuser dans une lutte sauvage pour la domination ; il nous faut cultiver l’esprit de compassion pour ceux qui souffrent et développer une sollicitude particulière pour les pauvres, les handicapés, les personnes âgées, les réfugiés et les solitaires ; • nous devons cultiver le respect mutuel afin d’aboutir à un équilibre raisonnable des intérêts, au lieu du souci exclusif du pouvoir illimité et de la compétition acharnée ; • nous devons valoriser le sens de la mesure et de la modestie plutôt que la soif inassouvie de l’argent, du prestige et de la consommation. En effet, en cédant à ses désirs inassouvis, l’être humain perd son âme, sa liberté, sa sérénité et sa paix intérieure, cela précisément qui constitue son humanité. |
| 3.
L’engagement en faveur d’une culture de la tolérance et d’une vie véridique |
Dans
toutes les régions et dans toutes les religions d’innombrables
personnes s’efforcent de mener une vie dans la loyauté
et la vérité. Et pourtant, le monde d’aujourd’hui
est encore plein de mensonges et de tromperies, d’escroqueries
et d’hypocrisie, d’idéologies et de démagogie : |
| 4.
L’engagement en faveur d’une culture de l’égalité
des droits et du partenariat entre les sexes |
| Dans
toutes les régions et dans toutes les religions, d’innombrables
personnes s’efforcent de mener une vie dans l’esprit du
partenariat entre l’homme et la femme et d’un comportement
responsable en matière d’amour, de sexualité et
de famille. Et pourtant le monde d’aujourd’hui est encore
plein de formes condamnables d’une mentalité patriarcale,
de la domination d’un sexe sur l’autre, de l’exploitation
de la femme, de l’abus sexuel de l’enfant ou de la prostitution
sous la contrainte. Il n’est pas rare, surtout dans les pays
moins développés, que les différences sociales
aboutissent à une situation où les femmes et même
les enfants cherchent dans la prostitution l’indispensable moyen
d’assurer leur survie. A. Dans les grandes et anciennes traditions religieuses et éthiques de l’humanité, nous trouvons cette injonction : tu n’auras pas de relations sexuelles illicites! Ou, dans sa version positive : respectez-vous et aimez-vous les uns les autres! Reprenons donc aujourd’hui les conséquences de cette antique directive : Personne n’a le droit de réduire l’autre au rôle de simple instrument au service de sa sexualité, de l’engager ou de le maintenir dans une situation de dépendance sexuelle. B. Nous condamnons l’exploitation et la discrimination sexuelles comme des formes parmi les plus graves de dégradation de la personne humaine. Partout où la domination d’un sexe sur l’autre est proclamée et où l’exploitation sexuelle est tolérée – fût-ce au nom de motifs religieux –, partout où la prostitution est favorisée ou l’enfant abusé, il faut résister. Il faut être lucide : il ne peut y avoir d’humanité authentique sans une vie commune respectueuse des partenaires! C. C’est pourquoi les jeunes doivent apprendre en famille et à l’école que la sexualité n’a rien de négatif et destructeur ; elle n’est pas une occasion d’exploitation, mais au contraire une puissance créatrice et constructive. Sa fonction est d’affirmer la vie et de constituer une communauté ; elle ne peut s’épanouir qu’en s’exerçant dans la responsabilité et l’attention au bonheur du partenaire. D. La relation entre l’homme et la femme ne sera pas caractérisée par la mise sous tutelle ou l’exploitation de l’autre ; c’est au contraire l’amour, le partenariat et la fiabilité qui doivent l’inspirer. Le sentiment de plénitude humaine ne saurait être confondu avec le plaisir sexuel. La sexualité doit être l’expression et la confirmation d’une relation amoureuse vécue par des partenaires égaux. Plusieurs traditions religieuses connaissent aussi l’idéal de libre renoncement à l’épanouissement complet de la sexualité. Pareil renoncement peut lui aussi exprimer l’identité de la personne et conférer une plénitude de sens. E. Malgré la diversité de ses expressions culturelles et religieuses, l’institution sociale du mariage est caractérisée par l’amour, la fidélité et la permanence. Elle prétend et doit garantir à l’homme, à la femme et aux enfants protection et soutien mutuel et leur assurer leurs droits. Dans tous les pays et dans toutes les cultures, il y a lieu de promouvoir les conditions économiques et sociales qui permettent une existence digne du couple marié et de la famille, en particulier pour les personnes âgées. Les enfants ont droit à l’éducation. Les parents ne devraient pas exploiter leurs enfants, ni les enfants leurs parents. Leur relation doit être marquée plutôt d’estime, de respect et de prévenance réciproques. F. Selon l’esprit de nos grandes traditions religieuses et éthiques, être vraiment humain se traduit comme suit : • Nous avons besoin de respect mutuel, de partenariat et de compréhension au lieu de la domination patriarcale ou de la relation dégradante, qui sont des manifestations de violence et provoquent souvent de la violence en retour ; • nous avons besoin d’attention mutuelle, de tolérance, d’une disposition à la réconciliation, d’amour au lieu de toutes les formes de désir de possession ou d’exploitation sexuelle. Ne peut être pratiqué à l’échelon des nations et des religions que ce qui est déjà concrètement vécu dans le cadre des relations personnelles et familiales. |
| IV.
Un changement des consciences |
| Toute
l’histoire en témoigne : notre Terre ne peut être
transformée à moins qu’intervienne un changement
des consciences, au plan des personnes comme de la société.
On a pu constater qu’un tel changement est possible dans les
domaines de la guerre et de la paix, de l’économie et
de l’écologie, qui ont connu des évolutions radicales
au cours de ces dernières décennies. Un changement semblable
devrait aussi s’opérer dans le domaine de l’éthique
et des valeurs. Chaque individu ne jouit pas seulement d’une
dignité intrinsèque et de droits inaliénables ;
il porte aussi une responsabilité
inéluctable pour tout ce qu’il fait ou omet de faire. Toutes
nos décisions et nos actions, tout comme nos omissions et nos échecs,
entraînent des conséquences. Aux religions incombe la tâche particulière de garder cet esprit de responsabilité en éveil, de l’approfondir et de le transmettre aux générations à venir. Nous considérons avec réalisme ce que notre consensus a permis d’obtenir ; c’est pourquoi nous insistons sur les points suivants : 1. Dans nombre de questions particulières controversées (bioéthique, éthique sexuelle, éthique des sciences ou des médias, éthique économique ou politique), un consensus universel est difficile à réaliser. Pourtant, dans l’esprit des principes que nous venons de développer ensemble, des solutions adaptées sont à découvrir, même pour bien des questions controversées. 2. Dans de nombreux domaines, une nouvelle conscience de la responsabilité éthique s’est déjà éveillée. Aussi serionsnous heureux si autant de professions que possible (médecins, scientifiques, économistes, journalistes, politiciens...) se donnaient des codes éthiques, proposant des directives concrètes pour les questions cruciales qui se posent dans leurs domaines respectifs. 3. Nous enjoignons surtout les diverses communautés de croyants de formuler leur éthique spécifique : ce que chaque tradition religieuse peut dire à propos du sens de la vie et de la mort, de la souffrance et du pardon, sur le dévouement désintéressé ou le renoncement nécessaire, sur la compassion et la joie. Tout cela contribuera à approfondir et à préciser l’éthique planétaire déjà visible. Nous lançons enfin un appel à tous les habitants de cette planète : notre Terre ne saurait être changée sans un changement des consciences individuelles. Nous nous engagerons sur la voie d’une telle transformation des consciences individuelle et collective, du réveil des énergies spirituelles et de la conversion des cœurs par la réflexion, la méditation, la prière et la pensée positive. Ensemble, nous pouvons déplacer des montagnes! Sans accepter des risques et sans consentir à des sacrifices, on n’obtiendra jamais un changement fondamental de la situation actuelle! C’est pourquoi nous nous engageons en faveur d’une éthique planétaire commune, d’une meilleure compréhension réciproque, de styles de vie favorisant la paix sociale et internationale et respectueux de la nature. Nous invitons tous les hommes et toutes les femmes, religieux ou non, à prendre le même engagement! |
| Les
signataires |
| Bahaïsme Juana Conrad, Jacqueline Delahunt, Dr. Wilma Ellis, Charles Nolley, R. Leilani Smith, Yael Wurmfeld. Brahma Kumaris B. K. Jagdish Chander Hassija, B. K. Dadi Prakashmani. Bouddhisme Rev. Koshin Ogui, Sensei. Mahayana : Rev. Chung Ok Lee. Theravada : Dr. A. T. Ariyaratne, Preah Maha Ghosananda, Ajahn Phra Maha Surasak Jivanando, Dr. Chatsumarn Kabilsingh, Luang Poh Panyananda, Ven. Achahn Dr. Chuen Phangcham, Ven. Dr. Havanpola Ratanasara, Ven. Dr. Mapalagama Wipulasara Maha Thero. Vajrayana : S. S. le XIVème Dalai Lama. Zen : Prof. Masao Abe, Zen Master Seung Sahn, Rev. Samu Sunim. Christianisme Blouke Carus, Dr. Yvonne Delk. Anglican : Rev. Marcus Braybrooke, James Parks Morton. Orthodox : Maria Svolos Gebhard. Protestant : Dr. Thelma Adair, Martti Ahtisaari, Rev. Wesley Ariarajah, Dr. Gerald O. Barney, Dr. Nelvia M. Brady, Dr. David Breed, Rev. John Buchanan, Evêque R. Sheldon Duecker, Prof. Diana L. Eck, Dr. Leon D. Finney, Jr., Dr. James A. Forbes, Jr., Evêque Frederick C. James, Archévêque Mikko Juva, Prof. James Nelson, Dr. David Ramage, Jr., Robert Reneker, Rev. Dr. Syngman Rhee, Rev. Margaret Orr Thomas, Prof. Carl Friedrich v. Weizsäcker, Prof. Henry Wilson, Rev. Addie Wyatt. Catholique-romain : Rev. Thomas A. Baima, Cardinal Joseph Bernardin, Père Pierre- Francois de Bethune, Sœur Joan M. Chatfield MM, Rev. Theodore M. Hesburgh CSC, Abbé Timothy Kelly OSB, Jim Kenney, Prof. Hans Küng, Dolores Leakey, Sœur Joan Monica McGuire OP, Rev. Maximilian Mizzi, Dr. Robert Muller, Rev. Albert Nambiaparambil, Mgr. Placido Rodriguez, Mgr. Willy Romelus, Dorothy Savage, Frère David Steindl-Rast OSB, Frère Wayne Teasdale. Religions indigènes H. I. G. Bambi Baaba. Akuapim : Nana Apeadu. Yoruba : S. K. H. Oseijeman Adefunmi I, Baba Metahochi Kofi Zannu. Amerindiens : Archie Mosay, Burton Pretty On Top, Peter V. Catches. Hindouisme Dr. M. Aram, Jayashree Athavale-Talwarkar, S. H. Swami Chidananda Saraswati, Swami Chidananda Saraswati Muniji, Swami Dayananda Saraswati, Sadguru Sant Keshavadas, P. V. Krishnayya, Dr. Lakshmi Kumari, Amrish Mahajan, Dr. Krishna Reddy, Prof. V. Madhusudan Reddy, Swami Satchidananda, S. H. Satguru Sivaya Subramuniyaswami, S. H. Dr. Bala Siva Yogindra Maharaj. Vedanta : Pravrajika Amalaprana, Pravrajika Prabuddhaprana, Pravrajika Vivekaprana. Jaïnisme Dr. Rashmikant Gardi. Digambar : Narendra P. Jain. Shwetambar : S. H. Shri Atmanandji, Dipchand S. Gardi, S. E. Dr. L. M. Singhvi, S. H. Acharya Sushil Kumarji Maharaj. Judaïsme Helen Spector. Conservateur : Prof. Susannah Heschel. Libéral : Rabbi Herbert Bronstein, Norma U. Levitt, Rabbi Herman Schaalman, Dr. Howard A. Sulkin. Orthodoxe : Prof. Ephraim Isaac. Islam Tan Sri Dato Seri Ahmad Sarji bin Abdul-Hamid, Dr. Qazi Ashfaq Ahmed, Hamid Ahmed, Mazhar Ahmed, Hon. Louis Farrakhan, Dr. Hamid Abdul Hai, Mohammed A. Hai, Dr. Mohammad Hamidullah, Dr. Aziza al-Hibri, Dr. Asad Husain, Dato Dr. Haji Ismail bin Ibrahim, Dr. Irfan Ahmat Khan, Qadir H. Khan, Dr. Abdel Rahman Osman. Chiite : Prof. Seyyed Hossein Nasr. Sunnite : Imam Dawud Assad, Imam Warith Deen Mohammed, Hon. Syed Shahabuddin. Néo-paganisme Rev. Baronesse Cara-Marguerite-Drusilla, Rev. Deborah Ann Light, Lady Olivia Robertson. Sikhisme Siri Singh Sahib Bhai Sahib Harbhajan Singh Khalsa Yogiji, Bhai Mohinder Singh, Dr. Mehervan Singh, Hardial Singh, Indarjit Singh, Singh Sahib Jathedar Manjit Singh, Dr. Balwant Singh Hansra. Taoïsme Chungliang Al Huang. Théosophie Radha Burnier. Zoroastrisme Dastoor Dr. Kersey Antia, Dr. Homi Dhalla, Dastoor Dr. Kaikhusroo Minocher JamaspAsa, Dastoor Jehangir Oshidari, Rohinton Rivetna, Homi Taleyarkhan, Dastoor Kobad Zarolia, Dastoor Mehraban Zarthosty. Organisations interreligieuses Karl Berolzheimer, Dr. Daniel Gomez-Ibanez, Ma Jaya Bhagavati, Peter Laurence, Dr. Karan Singh, John B. Taylor, Rev. Robert Traer, Dr. William F. Vendley. En plus il y a un nombre de signatures illisibles. |